vendredi 12 mars 2010

Attention Chantier

Matinée orange au Chemin Rouge.
Xibulon est couleur abricot, c'est décidé.

D'abord un petit temps d'écriture individuelle
de la fin du texte.

et puis...

Caillou, papier, ciseaux,
j'ai endossé le rôle de chef de chantier.

Caillou, papier, ciseaux,
les enfants ont dessiné, corrigé, découpé.

Caillou, papier, ciseaux,
les couleurs, on a tricoté.

Caillou, papier, ciseaux,
de table en table avec Catherine on a virevolté
(à 2000 Volts)

Caillou, papier, ciseaux,
la voix je me suis éraillée.

Caillou, papier, ciseaux,
le puzzle de l'histoire on a avancé.

Caillou, papier, ciseaux,
mardi prochain, on va continuer.

Caillou, papier, ciseaux,
bientôt un autre chantier : pâte à modeler !


Comme pour le conte à Moingt, depuis quelques jours, le chemin de fer de l'album est affiché sur le mur de la classe afin que les enfants aient en tête le découpage et le rapport texte/images. Un 36 pages classique, 15 planches couleurs. Cette mise à plat permet d'avoir une bonne vue d'ensemble des diverses couleurs utilisées pour les papiers découpés d'une illustration à l'autre ; ainsi, les réajustements (les corrections de répétitions ou de juxtapositions chromatiques hasardeuses), les harmonies, les effets de correspondances, les passerelles sont visibles.

jeudi 11 mars 2010

Et si Marcel préférait les bretzels ?

Que faire quand les idées s'essoufflent ?
Désormais, je saurai quoi répondre : croquez un bretzel !

Quand j'arrive dans la classe cet après-midi,
il est question de guerres d'olives et de deux clans.
D'olives vertes qui oppressent des olives noires...

Comme la pizza a besoin de piment,
coup de vent dans les mots,
aujourd'hui Bertrand a prévu grand, des bretzels de géants,
il faut ce qui faut pour faire avancer le scénario.

Très vite, l'imagination part au galop.
Le coup du bretzel couteau-suisse, vous connaissez ?

des bretzels-lunettes

des bretzels-auréoles

L'idée d'un clan opprimé fait son chemin...

...des bretzels-menottes.

Alors, vous avez compris où se nichait le Paradis des idées ?
Et bien oui, dans des mots-chapeaux,
des mots-feux d'artifices, des mots-silex,
d'où jaillissent en chaînes des nuages-images.
Qui eût cru que tant d'histoires se cachaient
dans un simple gâteau au sel ?

Les madeleines, c'est fini Marcel.
Maintenant, on passe au bretzel.


Le mot du jour :

Les discussions animées autour du scénario sont nombreuses avec les enfants. Je joue souvent les trouble-fêtes, les taquine, les pousse dans leurs retranchement, les invite à réfléchir sur des incohérences, ou des facilités dans le récit. Le plus difficile à mettre en place dans un conte conçu collectivement est la recherche d'une ligne de force et d'une chronologie qui ménagent du suspens. La construction fragmentaire du récit, en puzzle, ne facilite pas toujours la tâche. D'une séance à l'autre, il n'est pas rare que je leur fasse détricoter des mailles pour en retricoter d'autres. La plupart les élèves prennent ces innombrables modifications avec flegme, certains s'agacent parfois mes interventions, d'autres enfin réagissent avec détachement et humour. Jusqu'à me prendre à mon propre piège...
C'est ce qui arrive aujourd'hui, quand je questionne :
"Mais pourquoi avez-vous choisi d'appeler aussi vos livreurs de pizza Bretzel et Bretzelle, alors qu'il déjà question d'un bretzel dans l'histoire ?"
"Ben pour faire diversion !" me répond un élève en haussant les épaules dans un sourire malicieux.

lundi 8 mars 2010

Le temps interdit

Les Trois Ages de la femme, Gustav Klimt, 1905.

Extrait du roman... en cours de résidence.

"Tu vois, Giulia, là où tu es née, les petites filles vont à l’école, les femmes ont le droit de vote et sont à peu près libres de mener la vie qu’elles souhaitent. Elles peuvent devenir Prix Nobel, conduire un bus, diriger un chantier. Elles peuvent choisir ou non d’avoir des enfants et décider de ne pas se marier. Elles portent le jean ou la robe, le short ou le bikini et on pourrait croire qu’elles disposent de leur corps à leur guise, mais il y a une chose que notre société leur refuse obstinément : elles n’ont pas le droit de vieillir. Avoir des rides, des seins fatigués, des jambes froissées est interdit. C'est même devenu presque illégal."
J'ai raconté ça à Chaya. Elle a haussé les épaules et m'a dit :
"Dans mon pays, c'est presque illégal d'être une femme."

jeudi 4 mars 2010

Le test de Rorschach...orizo

Que voyez-vous dans cette tache ?

Un éléphant dans un boa ?
Un chapeau-claque tombé dans une flaque de boue ?
Un ovni désintégré ?

Car ce matin, un ovni a atterri dans le conte.
Ou plutôt : sur un rochers-olives, au milieu de fougères-oignons, le long d'un chemin de gruyère serpentant dans une forêt ombrée de tomates. Oui. Vous voilà transportés dans le monde croustiffrayant de la pizza. Aujourd'hui, les CMoingt s'y sont joyeusement égarés avec Melkar et Rosaline.
Alors, comme le Petit Poucet, on a semé des noyaux d'olives, pour s'y retrouver. Et pour être vraiment sûrs de garder le cap, on a tracé notre itinéraire de mots sur une grande feuille blanche, scotchée sur le tableau. Une carte Michelin. Enfin, une carte Micheloingt, quoi.

mercredi 3 mars 2010

L'instant t (2)

Entre essai et poésie. Comment les personnages, golems de sens et de chair textuelle sortent des limbes, s'extraient de leur gangue, et poussent la porte intime de l'imaginaire de l'écrivain.

Extrait :

« Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l’heure. On ne sait pas d’où ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entrés. Ils entrent toujours ainsi, à l’improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans dégâts apparents. Ils ont une stupéfiante discrétion de passe-muraille.

Ils : les personnages.

On ignore tout d’eux, mais d’emblée on sent qu’ils vont durablement imposer leur présence. Et on aura beau feindre n’avoir rien remarqué, tenter de les décourager en les négligeant, voire en se moquant d’eux, ils resteront là.
Là, en nous, derrière l’os du front, ainsi qu’une peinture rupestre au fond d’une grotte, nimbée d’obscurité. Une peinture en grisaille, mais bientôt obsédante.
Là, à la frontière entre le rêve et la veille, au seuil de la conscience. Et ils brouillent cette mince frontière, la traversent continuellement avec l’agilité d’un contrebandier, la déplaçant, la distordant.
Là, plantés sur ce seuil mouvant avec la violence immobile et mutique d’un mendiant qui a jeté sur vous son dévolu et qui ne partira pas avant d’avoir obtenu ce qu’il veut. »
Sylvie Germain.


Sujet qui résonne d'autant plus en moi que je viens de l'aborder dans un texte d'album, illustré par Jean-Michel Payet (l'un des mes joyeux complices des Blue Cerises) et qui paraîtra dans quelques mois aux éditions Milan :
M. Adam, ou comment naissent les histoires.

Le syndrome de Xibulon

étude à partir de découpages
des élèves de l'école du Chemin Rouge

Le syndrome de Xibulon, l'écrivain le connaît bien, côté tête, il passe sa vie dans une cabine d'essayage.
Mot après mot, phrase après phrase, l'auteur change d'yeux, de nez, de lèvres et papilles, de perruque. De rêves, de cauchemars, de souvenirs aussi. Il s'essaye devant le miroir, il minaude, tâte les rides, rajuste une paupière affaissée.
Rêve-t-il d'une bouche XXL ? D'oreilles 36 fillette ? De sourcils en dentelles ? Qu'à cela ne tienne, il lui suffit de passer le rideau de son clavier ou le paravent de la feuille, pour s'offrir une nouvelle mise en plis, ou plutôt, une nouvelle mise en mots. Et si la phrase le boudine, il n'a qu'un geste à faire : une dernière touche à presser, "suppr".

mardi 2 mars 2010

Retour swing

Première séance de reprise, jour de rentrée.
Les élèves sont encore un peu engourdis, nos oreilles aussi, alors on les réveille.
Avec une relecture du conte en cours.
Avec des questions.
Des questions qui swinguent.
...voilà qu'une musicienne débarque dans l'histoire,
et chatouille l'esprit éteint de Xibulon.

Bon, mais est-ce vraiment une guitariste ?

Peut-être une saxophoniste ?

Ou une pianiste ?

Le coeur balance encore...

On jette un oeil du côté du Paradis des idées.
On trouve une idée cachée sous une pierre,
cachée sous une fleur
et même une idée camouflée dans la lumière.

Je vous l'ai dit :
ça swingue.

dimanche 28 février 2010

Montbrison, Acte II

Retour à Montbrison - avec la tempête -, après deux mois et demi d'entracte.
Je retrouve la résidence, l'appartement-légo, mes marques, la vue sur le lycée. Cette fois, je suis familière des lieux, donc l'écriture du roman sera sans doute plus aisée. Mais il y a l'échéance à ne pas perdre de vue, les deux projets à finir avec les enfants, l'élan initial à retrouver, les idées à raviver et raccorder. Catherine et Bertrand m'ont envoyé l'état des lieux des textes poursuivis durant mon absence. La phase de réécriture, correction et élagage est toujours la plus délicate pour les enfants, donc toute la difficulté est de doser l'exigence créative et le plaisir du défrichage sans s'user...

samedi 23 janvier 2010

Recette du cerveau intelligent

Reçu un mail de Catherine, avec une recette remitonnée, extraite de l'album de Xibulon :


Recette du cerveau intelligent
Ingrédients :
200 cellules grises
300 globules
100 cellules nerveuses
10 cl de sang
100 grammes de neurone
100 fibres nerveuses

Temps de préparation : 40 minutes
Temps de cuisson : une heure

Mettre les cellules grises dans un saladier.
Faire brunir le sang et le verser délicatement sur les cellules.
Mélanger le tout avec une cuillère en bois.
Mettre dans une casserole d’eau les globules, les cellules
et les fibres nerveuses et faire chauffer à feu doux.
Verser cette préparation dans le saladier et battre énergiquement avec un fouet.
Pour finir, incorporer les neurones à la mixture et remuer délicatement.
Verser le tout dans un moule à cerveau.
Faire cuire au four pendant une heure.
Laisser refroidir et démouler.

Décorer le cerveau avec des bulles.

L'instant t (1)

Difficile de saisir l'instant t.
L'instant t où le personnage s'extrait des limbes imaginaires
pour trouver sa propre autonomie dans une narration possible.

S'il on pouvait photographier ce moment subtil,
sans doute cela donnerait-il une telle image ?

Les histoires préexistent-elles dans un réservoir mystérieux
et attendent-elles le moment propice pour jaillir au grand jour
ou bien germent-elles sur le terreau du présent?


dimanche 17 janvier 2010

2010, crayons ensemble

Bon, les brisons, je ne sais pas les dessiner, alors on se contentera d'un renne, hein... (ou d'une renne en sabots.)

vendredi 1 janvier 2010