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jeudi 8 avril 2010

Et pis blog... épilogue


Où Xibulon retrouve sa tête,
où Melkar et Rosaline jouent aux bretzels,
et où l'écrivain range sa trousse,
ses manuscrits en chantier,
et prépare sa valise...
Ne vous fiez pas aux apparences,
la valise est bien pleine
mais il reste une p'tite de place
parce que j'emporte aussi...

- Les histoires de Claude et de Pierre
- Les rues de Montbrison, un peu de leur lumière
(je crois que je vais devoir utiliser le double fond)
- Le Chemin Rouge et ses mille et un dessins
- Toutes les rimes et chansons de Moingt
- Les voix des maîtrisiens-ménestrels
(et leur grande boîte de bretzels)
- Le roulé magique de Danièle
(je ne désespère pas de voler un jour la recette)
- Les bouquets de Marie-Claire
- Un morceau de fourme d'Ambert
- Le carrosse de Charlotte, le sourire de Babeth...
...mais la liste est trop longue et puis
elle risque de couler longtemps dans ma tête,
comme le Vizézy !

mercredi 31 mars 2010

Paradis mystère

Merci Pierre... de m'avoir permis d'y poser les pieds.

Des paradis des idées, j'en ai trouvé un certain nombre à Montbrison. Mais il en existe un qui m'a particulièrement fait fourmiller. Voici quelques fragments, le puzzle complet, je le garde. Mais si vous cherchez bien, qui sait... Vous aussi, vous le trouverez.
Bon allez, va, je suis sympa, je vous donne les clefs...


Point final

Non, pas encore de la résidence... (qui cependant s'achemine doucement vers la fin). Point final d'un roman qui lambinait dans les tiroirs de ma tête depuis cinq ans. Il restait ce petit je-ne-sais-quoi pour finir le papier peint. J'ai enfin trouvé le fameux trampoline magique sur mon azerty ! Hip hip hip...

mercredi 24 mars 2010

Nouvelle saison

Il y a la résidence, mais aussi les livres, qui continuent de fleurir, et les Cerises précoces qui poussent en avril. Et oui, il n'y a plus de saison.

Enfin si, il y a la saison 3 des blues Cerises, et notre quatuor de choc, qui se remet au tricot.

Changer de tête, pile ou farce, c'est le thème de la résidence.
Peut-être aurais-je dû l'intituler "Au moins une tête de plus".
Il y a des jours où on ne sait plus où donner la tête...

Soirée portes ouvertes à la résidence

Hier, présentation publique de la résidence avec les différents partenaires (CRILJ Loire, Centre Social de Montbrison, DRAC Rhône-Alpes) et acteurs des deux projets, autour d'un buffet forézien, le ton est bon enfant.
Dernière ligne droite, la plus délicate, celle du bouclage. Derniers virages, peaufinage, mise en page... Depuis plusieurs semaines, j'ai les yeux dans la pâte avec Catherine et Bertrand - les enseignants embarqués avec moi dans l'aventure - sans réel recul. Un peu l'impression de pendre là la crémaillère avant d'avoir posé les fenêtres et le papier peint, c'est toujours troublant d'ouvrir soudain la porte d'un chantier et d'y laisser entrer des visiteurs. L'équipe organisatrice de la résidence m'a accordé une si grande confiance, il y a toujours une petite pensée qui rôde, et si...
J'ai apporté un extrait du conte musical, la chanson pour recycler la cervelle, écrite par les CM1 et les 5èmes maîtrisiens, et dont Matthieu vient de m'envoyer un enregistrement. J'ai aussi le texte d'album de Xibulon, que je lis à haute voix. J'essaie de brosser un aperçu des coulisses, des fondations et des murs, du toit qu'il reste à finir, de la cheminée encore en kit. Bertrand et Catherine font part de leur ressenti.
Dans le public, parmi les visages adultes, un seul enfant, l'un des élèves du Chemin Rouge qui a participé à l'album de Xibulon. Mesure-t-il, la route qu'il a parcourue ?
Difficile, à cette table, de rendre compte du cheminement intime de la création loin des spots et des regards, des ratures et questionnements, des pages blanches et trous noirs. Combien d'impasses et idées laissées sur le bas côté, d'ardoises effacées, de crayons cassés, de bretzels avalés, de papiers découpés, de sueur séchée...
Pour le conte musical comme pour l'album, nous avons bâti un scénario, un chemin de fer ; à la manière d'un tournage de film, j'ai opté pour une avancée qui ne suivait pas forcément la chronologie de l'histoire. Je sais que j'ai été exigeante, parfois déstabilisante. C'est la présence active de Catherine et Bertrand qui a permis la continuité. De tels projets ne peuvent se tricoter sans une alchimie auteur-enseignant.
Les enfants "écrivants" ne sont pas des écrivains ; difficile de savoir ce qu'ils emportent de tout ça, mais une chose est sûre : rien ne remplace le faire. Ni le temps, nécessaire complice de la décantation, ce rythme et cette lente digestion que la résidence permet. Rien ne remplace les bottes dans la boue des mots. Ils ont vécu le surgissement, la graine d'idée, se sont trempés dans le cambouis du récit, ont eu plaisir à voir le moteur de l'imagination démarrer et l'histoire rouler. Ils se sont frottés au problème du choix, au ciselage, au rythme et aux rimes, au rapport texte/image ; leur inventivité et ténacité m'ont étonnée.
Les gens me demandent souvent : "Mais comment vous y prenez-vous, pour les faire écrire?". Euh, ben ma foi, il n'y pas de recette miracle, je fais, moi aussi. Tantôt artisane, tantôt mineur de fond. Mon métier : les ratures, les questionnements, les pages blanches et trous noirs, les idées laissées sur le bas côté, les ardoises effacées, les crayons cassés, les bretzels avalés, les papiers découpés, et la sueur qui ne sèche jamais...

mercredi 17 mars 2010

Visites

Lundi, passage de mon amie Maryvonne - l'une de mes complices blue Cerises -, pour me sortir de ma tour d'ivoire. Saut impromptu au collège Mario Meunier qui nous a accueillies lors de la précédente Fête du livre, pour saluer Dora-la-documentaliste. C'est bien la première fois que MY et moi débarquons dans un CDI sans y être invitées...
Et puis, balade rue Tupinerie et le long du Vizézy, avant de trinquer à ce grand poète du polar, Pascal Garnier, qui vient de s'envoler. Une terrasse, des souvenirs effilochés en tête-à-tête, place de la Mairie, devant une affiche d'Albert Camus.


Mardi
, plouf, je tombe dans un puits d'Histoire.
Puits devant l'entrée du centre musical,
ancien couvent des Visitandines

Non, pas cette histoire-ci...
rue du Marché
Celle-ci :
La tour de la Barrière.
Pur moment de plaisir d'écrivain, la ville main dans la main, avec un historien.
13h30, rendez-vous avec Claude Latta, pour arpenter le temps et les méandres de Montbrison. La lumière et le printemps sont enfin de sortie, j'attrape mon carnet et mon appareil photo, et le voilà qui m'embarque sur le Grand Chemin du Forez.
La ville compte de nombreux anciens couvents, Ursulines, Visitandines, Oratoriens, devenus prisons, hospices, école normale. Aujourd'hui, ils abritent qui un collège, qui une maison de retraite, un centre musical, la sous-préfecture...

Petit cours de géologie depuis la butte basaltique où s'élevait le Château des Comtes du Forez et un calvaire que l'on découvre nu (Jésus et ses brigands sont en réparation), mais sans l'ombre des croix, les lycéens bronzent volontiers...
Nous contournons ce qui fut le palais de justice, montons vers les anciennes prisons qui dominaient la plaine du Forez et où résonnent aujourd'hui flûtes et piano, avant de redescendre vers le centre.
Claude arpente, commente, désigne, pousse les portes, gravit les marches du temps. Parfois le passé se cache derrière un nouveau digicode, il faut sonner chez l'habitant, se pencher depuis les balconnets 95 C d'une boutique de lingerie pour accéder à une cour intérieure du XVIème, traverser des rayons de prêt à porter ou un l'accueil d'un centre de massage pour découvrir un superbe escalier à vis.
Passage Saint-Anne, il est question d'un bourreau assassiné et d'un boulanger aliéné devenu instituteur, je range l'anecdote dans mon sac à idées ; dans mon prochain roman, il est justement question d'une boulangerie. Arrêt devant la maison natale de Victor de Laprade, je salue... une vieille connaissance.
Impossible de retranscrire là tout le voyage, les trésors de Claude sont à la mesure de sa passion contagieuse, foisonnants, les récits s'entrecroisent, hommes et bâtiments, politiques ou artisans, pensées et pierres, rues-mystères, demeures prospères ou angles amers où se sont tramées révolutions et guerres de religions.

Une photo qui résume à elle seule tout le synchrétisme de cette étrange petite ville... Entre hier et now !, rue Saint-Pierre, une façade aux arc d'ogives rebouchés, avec des pierres de réemploi.
Le Chemin du Forez nous mène jusqu'au pied du Vizézy et l'ancien hôpital.
Hop, Claude m'offre ensuite un saut magique au XIIIème siècle, dans la salle héraldique de la Diana, devenue musée et centre de recherches historiques et archéologiques du Forez, l'un des lieux les plus célèbres de Montbrison. Je l'avais découverte en 2007 lors de mon précédent passage à la Fête du Livre, mais là, la lumière est sublime. Cent quarante-huit blasons répétés chacun trente-six fois ornent la voûte en ogive, exceptionnellement conservée. Je bave devant la bibliothèque...
En ressortant de la Diana, je découvre avec étonnement une clef de voûte, posée sur le sol. Moi qui n'en ai jamais vu qu'en levant le nez au ciel, je suis impressionnée par sa taille. Une p'tite pensée pour mon ami Jean-Michel, auteur-architecte - aussi dans l'aventure blue Cerises - ; à ses côtés, j'ai appris peu à peu à bâtir une histoire comme un édifice. Fondations, murs, charpente, toiture, ouvertures...
Pour découvrir une clef de voûte dans son contexte, Claude m'emmène faire un tour dans la nef de la collégiale Notre-Dame d'Espérance, à deux pas de la Diana.
Nous terminons par un petit tour jusqu'au portail de l'ancienne caserne de Vaux.
Reste pour moi à trouver un autre portail. Celui qui ouvre sur mon histoire en cours...


Mercredi, une autre visite.
Une petite princesse en pdf...
Mon éditrice au Sorbier m'envoie la maquette du prochain album de La photo de classe (La princesse au grain de riz, le quatrième de la collection, en librairie le 14 mai prochain) que j'ai écrit, et illustré par Frédéric Rébéna. J'avais suivi pas à pas tous les crayonnés, mais il reste toujours la magie de la découverte en couleurs (et celles de Frédéric sont de vrais feux d'artifice), cet instant où les personnages, comme des comédiens au soir d'une première, sont tout à coup sur scène, face au public...

samedi 13 mars 2010

Cherche trampoline magique


Parfois, grignoter des bretzels ne suffit pas à chatouiller l'inspiration. Aujourd'hui, je patine sec sur un texte.

Quand les mots savonnent, mon imaginaire cherche souvent une issue dans la densité d'une image.

J'ai très peu de livres sous la main, je n'ai emporté que le strict minimum dans la résidence. On est samedi, mais je n'ai pas le courage de crapahuter jusqu'à la bibliothèque municipale.
Je tourne.
Voyons, des images, j'en ai. Des fraîches, même.

J'ai étalé devant moi les derniers dessins des enfants de l'école du Chemin Rouge.
La série d'études qui illustrent le passage " Xibulon part à la poursuite de sa tête". Beaucoup de trouvailles. Mais l'un d'entre eux retient particulièrement mon attention :Xibulon, grimpé sur un trampoline, bras levés au ciel, propulsé à l'assaut du soleil-tête comme à l'assaut d'une idée. Troublante métaphore poétique de la quête du créateur... Les enfants ont souvent une déconcertante aisance synthétique.

Moi aussi, je veux un trampoline magique !

lundi 8 mars 2010

Le temps interdit

Les Trois Ages de la femme, Gustav Klimt, 1905.

Extrait du roman... en cours de résidence.

"Tu vois, Giulia, là où tu es née, les petites filles vont à l’école, les femmes ont le droit de vote et sont à peu près libres de mener la vie qu’elles souhaitent. Elles peuvent devenir Prix Nobel, conduire un bus, diriger un chantier. Elles peuvent choisir ou non d’avoir des enfants et décider de ne pas se marier. Elles portent le jean ou la robe, le short ou le bikini et on pourrait croire qu’elles disposent de leur corps à leur guise, mais il y a une chose que notre société leur refuse obstinément : elles n’ont pas le droit de vieillir. Avoir des rides, des seins fatigués, des jambes froissées est interdit. C'est même devenu presque illégal."
J'ai raconté ça à Chaya. Elle a haussé les épaules et m'a dit :
"Dans mon pays, c'est presque illégal d'être une femme."

mercredi 3 mars 2010

L'instant t (2)

Entre essai et poésie. Comment les personnages, golems de sens et de chair textuelle sortent des limbes, s'extraient de leur gangue, et poussent la porte intime de l'imaginaire de l'écrivain.

Extrait :

« Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l’heure. On ne sait pas d’où ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entrés. Ils entrent toujours ainsi, à l’improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans dégâts apparents. Ils ont une stupéfiante discrétion de passe-muraille.

Ils : les personnages.

On ignore tout d’eux, mais d’emblée on sent qu’ils vont durablement imposer leur présence. Et on aura beau feindre n’avoir rien remarqué, tenter de les décourager en les négligeant, voire en se moquant d’eux, ils resteront là.
Là, en nous, derrière l’os du front, ainsi qu’une peinture rupestre au fond d’une grotte, nimbée d’obscurité. Une peinture en grisaille, mais bientôt obsédante.
Là, à la frontière entre le rêve et la veille, au seuil de la conscience. Et ils brouillent cette mince frontière, la traversent continuellement avec l’agilité d’un contrebandier, la déplaçant, la distordant.
Là, plantés sur ce seuil mouvant avec la violence immobile et mutique d’un mendiant qui a jeté sur vous son dévolu et qui ne partira pas avant d’avoir obtenu ce qu’il veut. »
Sylvie Germain.


Sujet qui résonne d'autant plus en moi que je viens de l'aborder dans un texte d'album, illustré par Jean-Michel Payet (l'un des mes joyeux complices des Blue Cerises) et qui paraîtra dans quelques mois aux éditions Milan :
M. Adam, ou comment naissent les histoires.

Le syndrome de Xibulon

étude à partir de découpages
des élèves de l'école du Chemin Rouge

Le syndrome de Xibulon, l'écrivain le connaît bien, côté tête, il passe sa vie dans une cabine d'essayage.
Mot après mot, phrase après phrase, l'auteur change d'yeux, de nez, de lèvres et papilles, de perruque. De rêves, de cauchemars, de souvenirs aussi. Il s'essaye devant le miroir, il minaude, tâte les rides, rajuste une paupière affaissée.
Rêve-t-il d'une bouche XXL ? D'oreilles 36 fillette ? De sourcils en dentelles ? Qu'à cela ne tienne, il lui suffit de passer le rideau de son clavier ou le paravent de la feuille, pour s'offrir une nouvelle mise en plis, ou plutôt, une nouvelle mise en mots. Et si la phrase le boudine, il n'a qu'un geste à faire : une dernière touche à presser, "suppr".

samedi 23 janvier 2010

L'instant t (1)

Difficile de saisir l'instant t.
L'instant t où le personnage s'extrait des limbes imaginaires
pour trouver sa propre autonomie dans une narration possible.

S'il on pouvait photographier ce moment subtil,
sans doute cela donnerait-il une telle image ?

Les histoires préexistent-elles dans un réservoir mystérieux
et attendent-elles le moment propice pour jaillir au grand jour
ou bien germent-elles sur le terreau du présent?


dimanche 17 janvier 2010

2010, crayons ensemble

Bon, les brisons, je ne sais pas les dessiner, alors on se contentera d'un renne, hein... (ou d'une renne en sabots.)

lundi 28 décembre 2009

Mi-temps


Pause dans la résidence.

Je quitte pour quelques semaines Montbrison et Moingt.
Le temps pour les deux classes de laisser encore infuser
mots, notes et images.

Le temps pour moi de me lancer aussi tête baissée
dans mon roman et d'autres projets en friches.
Des Cerises bleues, une Photo de classe, un récit policier...

samedi 12 décembre 2009

mercredi 9 décembre 2009

Un Grand Régal

Voilà un mois que j'ai pris mes quartiers à Montbrison, et je m'aperçois que je n'ai pas encore évoqué ma découverte de cette petite ville. Je n'ai pas cherché à l'apprivoiser, il me faudrait y rester beaucoup plus longtemps pour en avoir la prétention, elle s'est ouverte à mes yeux avec pudeur, j'ai pris plaisir à l'arpenter, la photographier (avec ou sans appareil, mais l'oeil est déjà un ami), à me perdre parfois dans son coeur étrange historique niché sur une butte.

Je n'avais pas particulièrement l'intention de situer mon roman dans ces lieux, quoique la résidence soit l'occasion de se frotter à cette évidence. Mais les événements et les rencontres m'ont peu à peu fait changer d'avis. Ecrire par le petit bout de la lorgnette de ma candeur d'étrangère, pourquoi pas ? Je sens que l'arrière-cour de mon imagination frémit enfin. Il y a là une histoire qui s'éveille et va bientôt réclamer mon attention. Il me fallait être patiente, me laisser glisser peu à peu dans cette peau de basalte et enfiler des yeux nouveaux pour être apte à recevoir le décor.

Tous les écrivains vous le diront, on n'accueille pas une histoire, c'est elle qui s'invite. C'est elle qui entre un jour dans le salon ou la cuisine, s'assied à la table sans crier gare, hèle l'aubergiste et compose son propre menu.

Hier, l'histoire avait faim. Elle m'a cueillie à 8h02, alors que je passais la porte du collège Victor-de-Laprade, bâti dans un ancien couvent d'Ursulines, à la rencontre de deux classes de 5ème qui avaient lu mon roman C'est toujours mieux là-bas. La lumière hivernale sait magnifier les lignes et l'espace, j'ai été saisie par un rayon trouant la cour d'honneur. Le soleil passait un bras sous une voûte striée de branches nues de tilleuls.

La cour d'honneur

Le lieu de la rencontre était tout aussi prégnant, un CDI taillé dans un vieux réfectoire haut et large comme le plafond du ciel, au mobilier désuet mais plein d'âme. Les enfants étaient là, attentifs, tout entiers à leurs questions. Avant de repartir (nantie de 3 tablettes de Lindt 72 %), Stéphanie, la documentaliste, m'a offert un avant-goût du domaine. Une ambiance digne des Disparus de Saint-Agil.
La galerie des souvenirs

Escaliers de pierres, couloirs en boiseries, sols en tomettes vernies chahutées de creux et de bosses (ou "mallons"), planchers et charpentes multicentenaires, alcôves improbables, portes et fenêtres fermées aux secrets, placards sybillins, bibliothèque en noyer à faire peler d'envie Giono et Bosco, une chapelle au choeur fatigué contrastant avec la modernité de ses vitraux, façonnés par un artiste espagnol.

En réponse à mon chapelet de questions, Stéphanie m'a remis un ouvrage, Victor-de-Laprade, petite histoire d'un collège, écrit par Pierre Drevet, l'enseignant qui m'a accueillie. Je le feuillette, le temps de tourner quelques pages, voilà que j'aperçois l'auteur. Les appels de l'imagination m'enhardissent, je risque à la volée :
"Serait-il possible de faire une visite du lieu et de prendre des photos ?"
Je devine un sourire intérieur.
"Oui..."
J'ai été ferrée par la Maison, il le sent.
"Demain, 13h30 ?" propose-t-il.
"Banco !"

Le lendemain, je retourne donc déambuler entre les murs du collège, en compagnie de Pierre.
Le tableau des clefs du paradis fascinerait une Agatha Christie. On y trouve même la clef du pigeonnier. Mais celle qui intéresse mon guide est celle du grenier. Je le suis, ravie.

L'endroit m'évoque le décor délaissé d'une pièce de Tadeusz Kantor, où se côtoient le fugitif et le permanent, l'enfance et la vieillesse. Je macule mon manteau aux toiles, poussières amoncelées de tous âges, au mobilier cagneux, livres de messe oubliés, habits sacerdotaux, cartes pliées aux frontières coloniales, partitions, ouvrages orphelins, pots en terre, disques, instruments abscons et autres ovnis dont l'enchevêtrement frise l'anachronisme.

Après avoir quitté le grenier, nous retraversons la galerie des souvenirs, habitée par les visages de décennies d'élèves, parmi lesquels, un certain Pierre Boulez. Divers portraits en exergue aussi, les hommes du lieu qui ont laissé là leur empreinte. Je m'attarde devant quelques-uns, le père Couturier, le père Jean Duperray, le père Antoine Charmet, mort à Buchenwald en 1945.

Nous reprenons le fil des méandres. Marches, angles, poutres, fissures, ajours, lucarnes, passages. Je mitraille, scrute, questionne, panoramique à tous les vents pour tenter de saisir quelques fragments de ce puzzle dantesque.

Pierre me montre des photos et me parle du "Grand Régal", ces deux journées de festivités qui clôturaient l'année scolaire, où les jeunes qui terminaient leur séminaire enterraient joyeusement leur vie d'interne. Une sorte de quille, deux jours de folle anarchie, entre chants, cris, jeux, pièces de théâtre, surprises et farces, deux jours de tumulte, de réjouissances et de liberté, rappelant l'esprit de l'adage rabelaisien Fais ce que voudras de l'abbaye de Thélème...

Je suis mon guide dans l'ancien dortoir des internes, cloisonné maintenant en salles de classes, puis nous ressortons. Les multiples cours sur plusieurs niveaux ne cessent de m'étonner. La cour des Tilleuls, pour les sixièmes, en haut. Plus bas, celle des cinquièmes. Enfin, au pied du bâtiment principal du couvent, la cour des quatrièmes/troisièmes.

"L'étage" des sixièmes s'étale jusqu'à la propriété des Perrichons qui abrite aujourd'hui des salles de maths, d'anglais ou d'allemand, pavées de mallons ou au plancher de chêne.


Cette partie a été restaurée, aussi quand Pierre m'invite à passer le nez derrière une porte et à découvrir un escalier ouvragé sculpté par le contre-jour, je lui emboîte le pas avec une curiosité avide. Quand nous retournons au-dehors, le vent nous rapporte les effluves d'huile de colza grillé et de noix qui s'échappent du moulin à huile, à un vol d'oiseau du collège.

Pierre me ramène vers le haut bâtiment des quatrièmes/troisièmes. Ici, les fondations du couvent mêlent leur colonne vertébrale à celle de l'ancien château médiéval, on ne sait où débutent et où s'achèvent les architectures, les lignes de forces et les déclivités se croisent, jusqu'au sols dont les matériaux disparates se succèdent avec les années, mallons, plancher, lino, ciment. Strates infinies où se sont déposés des sédiments d'histoires complexes.

Je n'ai entrevu que la partie émergée de l'iceberg, je le sais. On ne cerne pas un tel lieu à la mémoire gigogne en une simple visite, ni même en une centaine. Je ne sais pas encore si mon roman viendra s'y nicher, ni comment d'ailleurs, l'endroit impose l'humilité. Mais une chose est sûre, mon imaginaire y a pris de l'élan.
Et je repars exaltée comme le Renard du Roman qui vient d'entrevoir un festin à travers une fenêtre et cherche l'interstice pour se glisser à l'assaut.

dimanche 22 novembre 2009

Roulé à l’abricot pour faire venir les mots


Comptine pour traire la cervelle


Le roulé de Danièle
m’a redonné des ailes

juste deux trois rondelles
et je suis hirondelle

le roulé de Danièle
m’a fait la courte échelle

comme un petit mot d'elle
enfin une étincelle

le roulé de Danièle
revoilà les voyelles

et les consonnes aussi
et bien ça y est, j’écris !


Sigrid de Beauregard (ça fait chic's, hein ?)


Premier chapitre du roman, étalé sur un fond de confiture.
Merci le glucose : glück et -ose, un peu de chance et de l'audace ?

samedi 21 novembre 2009

Bulle en kit

Un des enjeux de la résidence : réussir à réinvestir l'espace, le faire sien et retisser le cocon indispensable à toute création. Comme une araignée, je tisse, recompose, je tapisse jour après jour cette nouvelle bulle en kit.
Aujourd'hui, après la Fête du Livre, j'ai enfin réussi à avancer mon projet de roman, à dose homéopathique. Quelques phrases arrachées. La fatigue sert parfois aussi de terreau...

mercredi 11 novembre 2009

Armist...udieux

Laissez parler les p'tits papiers,
et la prose des p'tits moingtais...

lundi 9 novembre 2009

Ma maison à Montbrison

J'avais promis aux copains d'envoyer une photo de mon home montbrisonnais, alors voilà, c'est fait. Je suis au deuxième étage. Oui, c'est une magnifique résidence Légo dans le quartier de Beauregard, et je peux vous dire que si tous les appartements étaient meublés avec autant de chaleur humaine, on n'aurait plus de problème d'énergie. Sur ce cliché, on ne distingue pas tous les détails, mais il y a le buffet et la vaisselle de la super équipe du lycée de Beauregard, le clic-clac de Claudine (tiens, ça mérite une comptine...), le linge de maison et le lecteur CD-radio de Danièle, les chaises et la petite table ronde de Marie-Claire, la télé de Pascal, le fauteuil bleu d'Hélène, le faitout d'Evelyne, la confiture de... bref, j'en oublie sûrement, je suis un auteur aux petits oignons. Ne reste plus qu'à faire mijoter la marmite des mots !